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03 décembre 2006

Juan COOK (suite)

Par Joël, dimanche 3 décembre 2006 à 10:38 dans Peintures contemporaines

J'ai oublié de dire dans mon précédent billet que j'avais rencontré l'artiste lors d'une exposition dans ma région et que nous avions passé un long moment à bavarder ensemble, de peinture bien sûr, mais aussi de tas d'autres choses sur la vie en général...

J'en ai profité pour me faire dédicacer le tableau de clown que j'avais acheté et Juan a tenu à me dessiner des colombes...tout un symbole, non ?

03 décembre 2006

Juan COOK

Par Joël, dimanche 3 décembre 2006 à 00:07 dans Peintures contemporaines

Juan COOK est né en 1948 au Chili; lorsque éclate le coup d'état de 1971, il fréquente encore les bancs de l'école des Beaux-Arts de Santiago; il est incarcéré, passe 5 ans et demi en prison puis est chassé de son Pays.

Son passé de militant de gauche a forcément influencé sa peinture, il en parle lui-même en ses termes :

...au début, ma peinture était très politisée. Lorsque j’étais encore au Chili, je voulais devenir Che Guevara. On le voulait tous. La peinture venait après. La mienne a gardé l’empreinte de la culture chilienne : les couleurs, les traits noirs, les formes et les volumes sont caractéristiques. Les grosses mains, les grosses fesses et les gros nez : c’est ça notre culture, à nous autres Chiliens. Les Indiens sont très robustes physiquement, ancrés dans la terre. Les femmes aussi : elles marchent pieds nus pour sentir la nature, la " terre mère " comme elles l’appellent. Et elles ont de grosses mains à force de travailler la terre. Les mains sont très importantes car on fait tout avec : créer, aimer, tuer. Les mains concentrent la force et la puissance, mais aussi la délicatesse. C’est pour ça que j’aime bien les représenter dans mes toiles. Les couleurs, c’est pareil : au Chili, on en voit partout sur les murs. Chacun est libre d’y faire un dessin, de peindre des messages d’amour, de s’exprimer...D’un autre côté, ma peinture est très religieuse. C’est le paradoxe de tous les militants de la gauche révolutionnaire chilienne : conjuguer le marxisme et la religion... Petit à petit toutefois, mon style a évolué, influencé par la culture française. J’ai commencé à trouver mes couleurs trop vives, trop criardes, à utiliser des pastels. J’ai fini par apprécier les femmes blondes, plus minces, plus grandes...

Juan COOK est un des peintres, en dehors de la force de son message, qui m'ont fait découvrir et apprécier la peinture contemporaine; il est un de ceux qui sont à l'origine de ma passion : le bandeau de mon site et de mon blog en témoignent; sa maternité est expressive, profondément humaine; elle illustre l'idée du corps de souffrance qui se transforme en un corps délivré...

La peinture de Juan COOK s'adresse tout d'abord à l'émotion : quelques traits suffisent à indiquer un sentiment, à exprimer un mal-être, à résumer la tristesse d'un personnage; Quel peintre attirant, Juan COOK ! Au sein de compositions où règnent perspectives et géométrie d'un art surréalisant, il ne craint pas de camper de curieux personnages d'une anatomie gigantesque, qui s'offrent à la douleur, au plaisir ou au désir avec une recherche et un modelé quasi sensuel que dément parfois l'expression pleine de mélancolie ou d'impassibilité des traits du visage tandis que s'épanouissent des corps généreux sous de brillantes couleurs.

Le temps estompe toutefois les blessures et l'artiste, aujourd'hui, en tous cas c'est l'impression que mon donnent ses récentes productions, semble apaisé : la violence des sentiments s'efface au profit de compositions moins marquées : fleurs et natures mortes; je viens même de découvrir de beaux dessins à l'encre de chine...

Quelqu'un a dit qu'avec la musique et la poésie, il n'y avait que la peinture pour guérir les blessures les plus profondes de l'âme...C'est sûrement vrai.